La Vie d'Emilie

16 mars 2011

Episode 60. Mimi de Sisyphe

 

Mimi de Sisyphe

Le temps s’écoule sans faille, les publicités défilent sans discontinuer sur l’écran du fond, tandis que le rythme entêtant de la musique électronique semble répéter inlassablement la même chanson, encore et encore. Le chronomètre indique pourtant 5 minutes écoulées.

Le temps s’écoule toujours sans faille, les publicités défilent sans discontinuer sur l’écran du fond, tandis que le rythme entêtant de la musique électronique semble répéter inlassablement la même chanson, encore et encore. Le chronomètre indique pourtant 10 minutes écoulées.

La sueur coule le long des fronts, les t-shirts humides collent aux dossiers, les bouteilles d’eau se vident lentement mais sûrement. Et le chronomètre indique 15 minutes écoulées.

Les biceps volumineux paradent au milieu des touristes concentrées sur l’écran où défilent les publicités sans discontinuer, tandis que le rythme entêtant de la musique électronique semble répéter inlassablement la même chanson, encore et encore. Le chronomètre indique 20 minutes écoulées.

Tel Sisyphe et son rocher, pédaler et pédaler encore sans pour autant voir le bout du tunnel, pédaler et pédaler encore sans avancer, sur place, comme un éternel recommencement, un châtiment pour l’infini. Le chronomètre indique 25 minutes écoulées.

Bon allez c’est pas tout ça, 25 minutes c’est pas mal, il est temps de descendre de là et d’aller faire souffrir les abdos ! Heureusement qu’il  y a l’ipod shuffle de Noël pour envoyer bouler les publicités qui défilent sans discontinuer (entre deux bouts de série ou de match de foot) et la musique électronique qui semble répéter inlassablement….

Merci cousine ! Merci cousin par alliance ;) !

 

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31 janvier 2011

Episode 59. La vie en orange

avertissement: ceci n'est pas une publicité pour un opérateur téléphonique, ni un tract pour un parti politique centriste.

Une première: la découverte du marché immobilier antigueño. Jusqu'ici mes différents séjours guatémaltèques m'avaient amenée à résider dans la capitale, voguant au gré des propositions de collocation, pour jeter l'amarre lors de mes recherches de thèse dans une pension familiale et tranquille bien que très loin du luxe. Jocotenango m'avait accueillie depuis ma rencontre avec P., mais c'est cette fois-ci une recherche d'appartement en bonne et due forme dans laquelle j'ai dû me lancer.

L'incertitude tout d'abord: prendre un appartement à deux, ou à trois avec deux chambres et l'ami J., pour partager les frais. La décision: tout dépendra des logements disponibles et des loyers demandés. Les garçons travaillant de 8h à 22h voire plus, c'est mimi qui s'y colle. Lourde responsabilité, d'autant que j'ai déjà de grandes difficultés à choisir un appartement pour ma petite personne, alors pour une ou deux de plus...

Les annonces se font très rares dans la presse, et les papiers collés de ci de là dans Antigua ne sont pas légion. Finalement trois options, toutes en dehors du centre: un appartement de deux chambres pour 200 euros sur la Calle Ancha, loué par doña Hilda. Un appartement de deux chambres pour 240 euros dans le quartier du Manchén. Et les appartements de don Manolo, sur la Chipilapa, dans une sorte de grand ensemble fait de bric et de broc, en sortie de la ville coloniale: l'un à 180 euros pour 1 chambre et 1 salon-cuisine avec salle de bain sur le palier (salle de  bain uniquement pour nous, mais sur le palier malgré tout); d'autres avec deux chambres pour 240 euros.

L'appartement du Manchén m'est montré par deux zigotos qui se lancent dans l'immobilier. Ils me proposent de venir me chercher sur le parc Central: youpi! Cela m'évitera une longue marche! Que nenni: ils viennent me chercher... à pied! Et en route, après des histoires de fantômes et de souterrains qui soit disant traverseraient les sous-sols d'Antigua, c'est la compèt: j'essaie de prouver que je ne suis pas tombée de la dernière pluie avec un bon espagnol, un grand sourire et des petites preuves de mes connaissances guatémaltèques saupoudrées au coin des phrases prononcées durant ces 20 minutes de rando. Alors qu'eux essaient de me vendre à l'avance un appartement qui s'avèrera être.... vert. De vieux souvenirs d'un appartement vert visité à Tours et cafardeux (d'après le cadavre d'insecte entrevu sous l'évier), et d'une pension miteuse connue autrefois à Antigua, me font rebrousser chemin poliment après un tour de routine dans un logement situé à pétaouchnok, et juste au-dessus de celui des propriétaires.

Je me dirige ensuite vers la Calle Ancha, pas très loin de là, puisque doña Hilda m'avait dit qu'elle serait là vers 17h, et que je n'avais qu'à l'appeler pour être sûre qu'elle soit chez elle. Entre deux respirations profondes de gaz d'échappements noirs, je l'appelle: elle ne sera là que vers 18h. Je retourne donc en centre-ville saluer mon bourreau de travail. Puis repars, cette fois-ci en touc-touc car mes pieds souffrent, tout cela pour recevoir un appel, à 5 minutes de chez elle: finalement elle n'est pas là, puis-je passer demain? La dame commence à me chatouiller les doigts de pied, qui frisent l'ampoule, et malgré une flemme aiguë et un a priori un chouïa négatif sur cette petite personne je retourne la voir le lendemain – dimanche, pour découvrir une maison fort bien tenue, décorée avec goût, où l'appartement à louer est ma foi coquet. Mais à la question « pouvons-nous recevoir des amis? » la réponse, que je soupçonnais, est la suivante: oui bien évidemment! Mais à condition de ne pas faire de bruit et que ce soit des personnes « décentes ». Les argentins à rasta et autres couchsurfers routards sont-ils décents? Une croix donc sur Mme Hilda et son appartement d'une chambre et demie puisqu'il faut traverser la première pour accéder à la deuxième...

Reste finalement don Manolo, le premier que j'ai rencontré et celui chez qui nous avons donc élu domicile, après hésitations, observations et précipitations – après deux nuits d'hôtel, il fallait soit trouver tout de suite quelque chose, soit s'entasser dans la chambre de bonne de P. où, selon ses dires, son matelas occupe déjà tout l'espace et n'importe quelle chambrette aurait l'air d'un cinq étoiles. Don Manolo est sans doute doté d'attributs de reproduction en métal précieux (comprenez: il a des couilles en or), malgré un aspect fort simple et une maisonnette des plus rustiques. Plus de 40 logements sur son terrain en bordure d'Antigua, à partir de 180 euros. Et les logements, en bon état mais pas tout jeunes non plus, ne lui coûtent pas grand chose puisqu'il les fabrique lui-même (en témoignent les deux fusibles situés dans la cabine de douche – maman je prends ma douche avec des bottes en caoutchouc, don't worry!). Tous ont un frigo et une gazinière, ainsi qu'une salle de bain. Je vous confesse que j'ai tout de même hésité: tout d'abord, J. ou pas J.? Les coûts, divisés par trois, ne représentent que 10 euros/100 quetzales de différence par personne. Donc si c'est pour le côté finance, autant s'installer à deux, à 10 euros près il n'y a pas mort d'homme et la chandelle reste seule sur son chandelier sans personne pour la tenir. Vient ensuite le choix de l'appartement et les doutes m'assaillent: la salle de bain sur le balcon mais pour nous tous seuls sera-t-elle supportable? Le bruit de la rue – la sortie principale d'Antigua – le sera-t-il aussi? Et enfin: accepterais-je de voir la vie en orange pour les 4 mois à venir?

IMG_0755

Car don Manolo a un goût prononcé pour la décoration: dans notre chambre deux grandes vitres donnent sur le couloir de l'étage. Afin de préserver notre intimité, déjà sauvegardée tout de même par des rideaux, il a donc peint ces deux vitres en orange. De même, la petite vitre qui donne sur... le ciel, est peinte à mi-hauteur en orange, pour, je cite, « qu'on ne voie que le volcan au loin, et pas les toits de tôle et les câbles des maisons d'à côté » (qui ne sont pas en vis-à-vis, je précise, mais en contrebas). Certes. Pour combiner, un canapé récemment retapissé en orange. Une ambiance très sixties seventies donc, et je me devais de coordonner la déco: assiettes et verres orange, soyons fous!

Allez je vous laissIMG_0738e, les odeurs de peinture orange nous permettent à P. et moi de profiter des bienfaits de la drogue à moindre frais, ambiance champignonesco-hallucinante, je vais donc de ce pas aller aérer un peu!

Ps mise à jour: les deux dames et leur monsieur (???) qui ont emménagé à côté monopolisent la « pila » (comprenez le grand bac à haut qui nous sert d'évier)... la guerre sera-t-elle déclarée? La suite au prochain épisode! :)

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24 janvier 2011

Episode 58. Voyage au pays des merveilles (?)

Presque la routine maintenant: le RER B de 5h45, direction Roissy, au milieu des travailleurs matinaux et voyageurs du lointain. Mais la journée s'annonce bonne: hier déjà malgré quelques flopées d'escaliers à coup de valise Samsonite géante, peu de monde dans le métro pour gêner l'avancée du bagage à quatre roues motrices. Ce matin une file d'attente presque égale à zéro devant les comptoirs de la Continental Airlines. Et foin d'habitudes ou de lassitude puisque la compagnie américaine a été rétrogradée au Terminal 1, abandonnant les couloirs rutilants et lumineux du Terminal 2 pour la coquille d'escargot du vieux bâtiment. D'un futurisme démodé, proche d'une Odyssée de l'espace vieillie, les escalators et autres couloirs vous emmènent d'un niveau à un autre, dans une spirale infernale ralentie par le contrôle de sécurité et les alléchantes vitrines Duty Free. Lost in Translation aurait trouvé son bonheur dans cette carapace d'un autre âge.

Le voyage au pays des merveilles commence avec les toilettes de la salle d'attente pour l'embarquement, décorées façon maison de poupées pour enfants, en violet et rose... En sortant, le labyrinthe Gulli ou même ma nièce encore en gestation saurait trouver son chemin... mais passons...

Continental et ses écrans vidéo intégrés dans le dossier du siège de la file de devant fait mon bonheur, comme d'habitude, d'autant que les films sont cette fois-ci regardables sans endormissement ou ennui majeur: Social Network me renseigne sur la mégalomanie ou loufoquerie du créateur de Facebook, Adam Sandler me saupoudre de bonnes intentions avec son Bedtime Stories, avant qu'une comédie romantique autour d'un bébé orphelin confié à ses parrains qui ne se supportent pas finissent de me faire passer le temps. Avec un sandwich/un repas/un snack toutes les deux heures pour tenir mon estomac occupé, tandis que mes fesses se prélassent sur les deux sièges dont j'ai hérités – Houston n'a pas l'air d'être une destination très prisée en cette fin de mois de janvier.

La sécurité américaine me laisse de plus en plus circonspecte: plus de petite fiche verte à remplir pendant le vol, Visa Waiver destiné aux européens qui n'ont pas besoin de demander un visa avant leur arrivée sur le sol yankee. La modernité faisant son chemin, il suffit maintenant de répondre à quelques questions sur internet pour obtenir l'ESTA, autorisation valable deux ans. Je ne peux que me féliciter (un peu d'auto-flagornerie ne fait jamais de mal, si je ne me jette pas des fleurs qui le fera?) d'avoir imprimé ledit ESTA – alors qu'en théorie avoir la feuille sur soi n'est pas obligatoire. Dès Paris l'employé Continental me signale un problème, et à Houston le gentil policier fait aussi grise mine. Je brandis aussitôt avec un grand sourire mon papier, qui permettra à chacun de vérifier que je suis en règle. Par contre le fait que j'aille passer 4 mois dans un pays sans visa (le visa de tourisme guatémaltèque est de 3 mois) ne les inquiète pas le moins du monde! Ma belle histoire de doctorat et de voyage au Mexique, ainsi que mes talents dignes du Cours Florent restent donc dans les tiroirs.

Perdue au milieu des gringos allant à Cancún bronzer leurs visages blêmes de touristes avides d'un soleil du Sud américanisé, et après avoir laissés deux Français partis faire du surf au Costa Rica (sans les physiques qui vont avec), je file entre les magasins de fusées et autres t-shirts « Houston we've got a problem » et les Duty Free, le long de couloirs interminables bordés de salles d'embarquement, avant de poser et reposer mon corps déjà fatigué par le voyage, dans cet aéroport George Bush. George Bush est-il comparable à Charles de Gaulle? A-t-il libéré les Etats-Unis de quelque chose? Telles sont mes réflexions un rien nébuleuses, tandis que des mormons ou mnémonites aux petites coiffes de dentelle se préparent à embarquer pour le pays du printemps éternel. Les visages se mélangent, entre futurs volontaires d'ONG, touristes de tous âges, résidents émigrés retournant au pays et Guatémaltèques fortunés regagnant leurs pénates de luxe après une escapade nord-américaine.

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06 août 2010

Episode 57. Anvers et contre tout

Suivant les traces de pas sur mon plan de la ville, sensées me mener hors des sentiers battus, je traverse tour à tour le quartier asiatique, le quartier africain, le coin de rue indien et une place portugaise. Sous la pluie fine qui humidifie lentement mais sûrement mon sac de couchage et mes petites culottes pourtant bien à l'abri dans mon sac à dos, je reprends les chemins battus et rebattus par les touristes à la semelle dure, vers le centre historique.

Le plan Use-it que j'ai se délite peu à peu sous les gouttes, et certains monuments disparaissent du panorama. A la recherche d'une friterie pour combler un estomac un peu creux, les yeux rivés sur le plan de plus en plus flou, je sens soudain que les mannequins des vitrines s'animent: ai-je rêvé? J'y regarde de plus près: la rue que je traverse à la recherche d'une nourriture terrestre s'adresse à d'autres appétits charnels, et les femmes plus ou moins jeunes s'affichent derrière leurs vitres, en petites tenues tantôt de cuir, tantôt d'infirmières. Mon estime personnelle remonte en flèche face à ces corps jeunes ou non, tous usés et légèrement flasques, à 11h30 du matin.

Je ne trouve pas la friterie indiquée sur le plan. Je repique alors vers la grand place, où j'entre dans la première friterie venue pour échapper enfin à la pluie. Mon néerlandais inexistant me permet tout de même d'opter pour la grande portion, au désespoir de mon estomac qui ne me laissera pas aller jusqu'au bout... il faut éviter la frite de trop...

Alors que la pluie s'arrête pour de bon et que le soleil prépare son apparition (qui n'aura lieu que vers 18h!!!) je prends mon parcours touristique, alternant marches, photos et longues pauses sur les bancs à peine secs. Je découvre alors la pire statue humaine de l'histoire de l'industrie touristique européenne. Peint de gris métallisé, l'homme tente de bouger comme un automate ou un robot... "tente" car vous et moi en ferions autant sans problème. Et alors que la cathédrale sonne 13h il descend de son piédestal pour vider son chapeau et aller dans la boulangerie Paul, de l'autre côté de la rue, et ressort pour s'asseoir sur son piédestal, beaucoup moins "statuesque", afin de dévorer son sandwich devant des touristes un peu décontenancés... Je préfère à cela le spectacle des trois pigeons qui se baignent dans une flaque devant moi... je parle bien sûr d'oiseaux!

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01 août 2010

Episode 56. Eléphant rose et vache bleue

Ce soir: soirée guatémaltèque. A Paris. DJ Masaya, animateur de plus d'une de mes soirées endiablées à Antigua Guatemala, est en Europe grâce à un visa obtenu pour cause de concubinage avec une suédoise dont il s'est séparé récemment après plus de cinq ans de vie commune... Traîné par son amie en Europe alors qu'il voulait rester au Guatemala, il fait mentir bien des clichés sur les couples multiculturels où l'étranger cherche soit-disant à s'inscruster sur le Vieux Continent, puisque lui se retrouve finalement bloqué à manger de la vache enragée entre Scandinavie et séjours sporadiques sur la terre ferme.

 

Jueves, autre chanteur croisé en terres du printemps éternel, est lui aussi en Europe, tout comme une comédienne du Lac Atitlan et une étudiante du lycée français, jeune fille de bonne famille habillée de manière fort courte qui vit sur un grand pied dans la capitale des Gaules. Un condensé guatémaltèque en terres parisiennes, grâce à une association qui proposait deux soirées chapinas, avec projection de documentaires et DJ set pour finir la nuit sur des rythmes latins.

 

Les exploitations minières et les désastres naturels qu'elles entraînent malgré les protestations des populations indigènes vivant aux alentours laissent ainsi place au guacamol et à la salsa. Transition malaisée qui laisse peu de danseurs en piste durant les premières minutes. Lassée d'un déhanchement solitaire, je préfère sortir m'asseoir et prendre l'air. Le cinquantenaire assis à mes côtés engage la conversation, avec un accent prononcé. Entre espagnol et français, ce colombien artiste peintre et monteur de cuisines équipées m'explique le fonctionnement de la Vache Bleue, organisatrice de cette soirée. Logée sous les voûtes des voies ferrées de la révolue Petite Ceinture, l'association propose aux artistes, peintres, sculpteurs et poètes de tous bords des ateliers aux abords du Canal, Quai de l'Oise. Un peintre vietnamien vient nous interrompre, puis la conversation reprend doucement. Ses voisins de banc sont eux aussi colombiens, l'un anthropologue, devenu professeur de musique au Conservatoire de Chartres, l'autre poète. Depuis 17 ans en France, l'homme un peu imbibé confesse être arrivé pour un chagrin d'amour âgé d'aujourd'hui une vingtaine d'années et qui ne lui adresse plus la parole. Ce  fils déjà adulte vit pourtant à quelques pâtés de maison des ateliers de la Vache loués pour quelques sous par la SNCF.

 

L'heure est venue d'abandonner  ce microcosme latinoaméricain, qui fait revivre en moi les récits de Cortazar et des autres grands romanciers et artistes latinoaméricains ayant autrefois choisi Paris pour capitale...

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26 juillet 2010

Episode 55. Sur le pouce

Dix heures...

Deux tranches de pain de riz soufflé,

Une pomme,

Un sandwich bacon-thon de station-service;

Trois chips au paprika piquées à J.,

De l'eau,

Deux ampoules au pied,

Un bras droit musclé,

Un bras gauche inerte,

Deux jambes lourdes,

Six voitures:

Voiture 1 Le pasteur: après plusieurs minutes d'attente et des changements de stratégie divers (mettons-nous avant le feu; non, mettons-nous après le feu; sommes-nous du bon côté de la route? séparons nous en 1 + 2 donc asseyons-nous derrière les buissons) une voiture s'arrête finalement devant notre panneau "Lille". Il faut dire qu'avec nos trois gros sacs à dos, et les petits sacs à dos supplémentaires des garçons (allez dire après qu'une fille ne sait pas voyager léger!!! ah ah ah!!! vengeaaaaanceeee!!!), le conducteur doit être seul ou presque, et avec de la place! Un homme s'arrête donc finalement et nous propose de nous déposer un peu plus loin, dans une station service située sur l'autoroute que prennent les conducteurs se dirigeant vers la France: nous n'allions pas faire les difficiles!

Etant la seule francophone de l'équipe, j'hérite de la place du mort toute la journée, avec pour mission de faire la conversation au(x) conducteur(s). Notre premier chauffeur, après les présentations d'usage, me demande si je crois en Dieu. J'espère que la station-service n'est pas trop loin! Que faire? La jouer franco? Allez, je tente: je suis athée. Ah bon. Il n'a pas l'air mécontent. Il m'explique qu'il me posait la question car il est Pasteur. Ah. J'essaie de ne pas me tromper et lui demande donc poliment s'il est protestant - et mon oeil glisse lentement sur les deux crucifix qui pendent au rétroviseur (1e leçon de la journée: avant d'accepter de monter avec un conducteur faire attention aux détails qui tuent). Il n'est pas protestant. Il n'est pas catholique. Il est, je cite, "d'une église qui n'est pas de ce monde". Hmmm. Evangélique? Non plus. Il est d'une église qui n'a pas d'égale en Belgique: le Christ Roi, basé au Congo - ce qui vous l'avouerez fait un peu loin pour aller à la cérémonie du dimanche matin. Mais passons. Ce monde est en fait perdu d'avance, corrompu, ce depuis qu'Adam et Eve ont rencontré le Diable (ou quelque chose comme ça; en ce qui me concerne je pensais qu'ils avaient désobéi à Dieu en croquant dans la pomme de l'arbre de la connaissance, mais apparemment en faisant ça ils ont serré la papatte du dragon qui représente l'argent et les tentations, et fait coucou au Diable qui se baladait par là). L'homme et la femme, de toutes façons, c'est bien connu, sont là pour rechercher la vie. Et Dieu c'est la vie, donc croire en Dieu c'est accomplir sa mission. CQFD.

La station-service approche. Ouf? En tous cas merci!

Voiture 2. Le designer

Un Belge s'arrête: pas de place dans le coffre, une chaise en tubes métalliques blancs prend toute la place, mais nous prenons les sacs sur les genoux. J. et R. à l'arrière ont l'impression de se retrouver dans une camioneta guatémaltèque! Voyageur, mais qui voyage moins depuis qu'il a pris femme et enfants (comme on disait antan), il fait finalement ce que certains font en prenant des auto-stoppeurs: revivre un bout de sa jeunesse pas si lointaine (voyages au Mexique, Indonésie, Espagne, etc). Le design à Bruxelles, c'est pas très original et un peu ruineux, la faute aux loyers exhorbitants et aux concurrents tout proches (finalement comme dans toute bonne capitale européenne qui se respecte, Bruxelles a ses designers et les gens à la mode pour leur acheter des bidules en métal blanc). Du coup notre ami a fermé son magasin de Bruxelles pour en ouvrir un à Tournai si ma mémoire est bonne, et se balade presque tous les lundis à 150km/h sur les autoroutes du Nord, de la Belgique aux Pays-Bas avec passage épisodique par Paris. Le design ça fait voir du pays!

 

Voiture 3 Le moustachu

Ben oui le moustachu car je ne me souviens plus dans quoi il travaille. Toujours est-il qu'il nous propose de nous faire passer la frontière car il doit se rendre du côté de Valenciennes pour son travail. Il ne prend jamais d'auto-stoppeur mais a vu notre "barda" et nous lui avons en quelque sorte inspiré pitié. Comme quoi, c'est peu comme les gens qui n'aiment pas l'alcool et se mettent à s'enfiler des Malibu-Ananas toute la soirée en découvrant que finalement l'alcool c'est pas si mal. Les aiguilles de compteur de vitesse belges ont une fâcheuse tendance à flirter avec le 150, sauf quand une voix sortie de nulle part retentit dans l'habitacle.

"Radar à 1km, Vitesse maximum autorisée 130km/h".

Tiens donc.

Je repère le petit boîtier au-dessus du rétroviseur central: notre moustachu m'explique qu'il s'agit d'un système communautaire d'avertisseur de radars (le système de repérage/alarme de radars étant interdit - je n'ai toujours pas bien compris la différence). bref, notre bon monsieur paye 12 euros par mois pour cette voix sybilline qui lui annonce le danger, et il signale lui-même la boîte à photo magique lorsqu'il la voit en appuyant sur un petit bouton du même clavier. Je me retiens de demander combien de points il a perdus (d'autant que les Belges n'ont pas le permis à points, comme je l'apprends avec notre chauffeur suivant).

Voiture 4 Le boy scout

Un boyscout ne sachant pas s'orienter. Voilà à quoi mène la modernité. Armé d'un GPS, notre jeune belge se dirige vers Compiègne (enfin au fur et à mesure du trajet il est en de moins en moins sûr); montés en vitesse dans sa voiture, nous nous repentons donc bien vite, d'autant qu'il souhaite quitter l'autoroute bientôt et son magnifique GPS ne sait pas lui dire s'il y a une station service proche, ou si sa direction finale est proche de notre itinéraire approximatif.

Résultat: nous voici au péage. Ne me demandez pas où. Nous sommes au péage. Quatre voies en face de nous. Verront-ils notre panneau?

Voiture 5 L'enthousiaste

Après tout de même un peu d'attente (je vous passe les moments d'attente, ce serait malheureux que vous vous ennuyiez autant que nous ;) ) Nous entendons un klaxon derrière nous: une petite voiture blanche s'est arrêtée vingt mètres plus loin! Nous courons avec les sacs à dos (si vous avez déjà vu courir des escargots c'est à peu près le même effet d'optique assez troublant). Entre la guitare et les deux sacs les garçons se calent à l'arrière et je fais une fois de plus la conversation. Il a toujours rêvé de voyager comme ça, de partir à l'aventure. R. pense très fort "et pourquoi ne le fait-il pas alors?" Il rêve aussi parfois à l'achat d'un van, avec sa cousine, pour partir sur la route. Où allons-nous? Depuis combien de temps? Derrière les yeux pétillants d'envie et de rêve un petit souci technique tout de même: par "station-service" il pensait nous laisser à celle du Super U près de Cambrai. Un peu petit pour nos grandes ambitions voyageuses. Il propose alors de nous déposer à Arras (nos connaissances géographiques étant limitées, et l'Atlas étant au fond du sac-à-dos de R., cela semble être une bonne idée.

Voiture 6 Le travailleur turc

Un péage. A Arras (soit plusieurs dizaines de km à rebours de notre cheminement initial). Une heure d'attente. Une voiture s'arrête, mais les gendarmes en faction sur les voies d'en face sortent aussitôt pour venir sévir. Le conducteur s'excuse et repart donc aussitôt. Nous repassons de l'autre côté du péage (ok d'accord nous n'avions pas le droit d'être du côté autoroute, ça va, arrêtez de dire qu'on l'avait cherché!). Enervés d'avoir loupé un voyage d'enfer direct vers notre destination finale!

Une autre heure. Au panneau de la Destination s'ajoute un autre, "S'il vous plaît :) :) "

Une petite courbette. Une voiture s'arrête. De la musique orientale, des regards fuyants et une conversation inexistante. Je bataille tout de même contre le sommeil, par politesse, tandis que R. dort comme un loir et que J. filme le paysage autoroutier du Nord qui défile par la fenêtre.

Vingt heures: nous sommes dans la banlieue: Paris réussi!

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24 juillet 2010

Episode 54. La Belgitude

A la demande générale de mon oncle, un nouvel épisode de mes tribulations. On change de côté: après le centre de l'Amérique, voici le coeur de l'Europe Bruxelles!

Des frites des vraies. De la mayonnaise. Des gaufres. De la bonne bière.
Le paradis?
Presque. (ou en tous cas pas pour ma balance à mon retour! et où est passé le thé amincissant de maman? et les tisanes relaxantes? snif on est si bien chez soi...)

Des bizarreries? oui.
Le métro par exemple: la plupart des lignes suivent sur plusieurs stations le même trajet que... d'autres lignes. Autrement dit des doublons. Pourquoi? Les belges se sont-ils dit "tiens on a fait un trou pour une ligne mais il est trop grand on a qu'à en mettre une autre?" En tous cas les Belges sont civiques et civilisés: dans le métro bruxellois pas de tourniquet. Vous compostez votre billet juste parce que vous savez que normalement il faut le composter. Mais vous pourriez très bien passer sans dépenser 1€70 le trajet. Mais vous ne le faites pas. Car vous êtes bien élevés. Et vous savez que cela relève presque du civisme de payer votre voyage. Vous êtes bien urbain môssieur. Bien sûr môdame, c'est la belgitude.

La belgitude c'est sympa. Les gens sont sympas: vous êtes perdu, avec une carte à la main, en la retournant dans tous les sens pour essayer de comprendre où vous êtes - le truc classique quoi, vous retournez la carte dans tous les sens pour essayer de la mettre dans le même sens que vous. Ne souriez pas. Vous l'avez fait l'an dernier!
Et bien donc, comme je disais (si vous arrêtiez de m'interrompre en souriant quand je raconte des histoires de plans et de cartes aussi, nous irions plus vite!), nous étions perdus avec Ronald, un ami guatémaltèque. Enfin pas si perdus: nous savions que nous étions dans le bon quartier. A quelques rues de l'objectif. Mais nous hésitions entre les quatre rues qui s'ouvraient en face de cette petite place déserte. Une dame nous a donc demandé si nous étions perdus et nous a indiqué gentiment quelle rue prendre (celle que nous avions finalement choisie, donc nous n'étions pas si perdus que ça finalement, c'était bien la peine de vous moquer!).
Le matin déjà un balayeur que j'avais interrompu en plein travail m'avait gentiment répondu, me tutoyant instantanément avant de me donner de précieuses indications pour arriver chez mon hôte.

Ils sont sympas les belges. Y'a pas à dire. Essayez la même chose à Paris et 1) les gens passeront à côté de vous sans se soucier que vous soyiez perdus, avec un couteau planté dans le dos et vos affaires dévalisées par des pickpockets (bon d'accord j'ai peut-être un a priori sur les parisiens et leur attitude face aux touristes), 2) si vous leur demandez de s'arrêter dans leur course vers le métro/le boulot/le dodo, ce sera souvent de mauvaise humeur.

Sont sympas quand même les Belges. Pis zont de bonnes frites. Tiens d'ailleurs je vous laisse, je vais aller m'en acheter un Cornet, je me demande si je vais pas tester la sauce cocktail tiens.

Bon ap'

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11 avril 2010

Hors Catégorie: Folie itinérante

Est-ce de la folie itinérante?
Un philosophe a dit un jour que les fous étaient là pour que le reste de la société se sentent saine d'esprit. Il est fou! Enfermons-le! Nous nous sentons alors tous en sûreté, une fois ce fou enfermé, tous persuadés que nous sommes les sains d'esprit. Mais qui sait...? La folie ne peut-elle pas être positive, enrichissante, pleine d'enseignements? Ou n'est-elle pas tout simplement une peur de l'inconnu?
........ trêve de philosophie de comptoir!

Je connais deux fous: Pampa et Julio. Ils vivent au Guatemala (le tiers-monde? même si je n'aime pas trop cette expression). Ici, dans le premier monde, on les traitera de fous.
Pourquoi?
Parce qu'ils croient qu'on peut changer les choses, parce qu'ils croient qu'on peut réaliser ses rêves, parce qu'ils croient que la créativité est récompensée et que la générosité existe?
Tandis que par ici beaucoup d'entre nous avons peur de l'inconnu, tandis que parfois nous prenons peur à la simple idée d'un changement de cap ou de carrière, de vie, ou que nous redoutons les nouvelles rencontres, Pampa et Julio, nos deux fous, sont prêts à explorer des terres inconnues, à rencontrer des personnes de tous pays et de tous âges, disposés à laisser tomber leurs emplois pour pouvoir réaliser un rêve: découvrir l'Europe, et pouvoir réaliser un reportage sur leurs expériences sur le Vieux Continent.

Générosité et créativité: une tirelire internautique est prête à recevoir les dons, qu'ils soient d'un euro ou de cent, en échange de défis et d'invitations... Tous deux se sont déjà engagés à aller récolter le miel en France, à organiser une fête en Suisse, à nettoyer une maison en Catalogne...

Traitez-les de fous si vous voulez, moi je les traite seulement de rêveurs optimistes et entreprenants, qui vont nous démontrer qu'un rêve peut devenir réalité.

Pour en savoir un peu plus sur eux je vous invite à visiter la page Facebook http://www.facebook.com/pages/Pampa-Julio-go-to-Europe-The-90-Days-Project/369971831995?filter=1 (si vous devenez fan et/ou vous diffusez ce lien vous leur donnez déjà un grand coup de main), ainsi que le blog http://90project.blogspot.com/2010/03/project.html

Peut-être les rencontrerez-vous en personne cette été!

Bises tourangelles.
Emilie

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30 janvier 2010

Episode 53. VIP or not VIP

On est VIP ou on ne l'est pas. Le Guatemala a beau être un pays du tiers-monde, le luxe, le calme et la volupté imprègnent certains quartiers de la capitale, fréquentés par les quelques familles enrichies par le commerce et les trafics en tous genres. La zone 10 dispose ainsi de pas moins de quatre centres commerciaux à l'américaine. J'entends par là des bâtiments de deux ou trois étages, où foisonnent les boutiques de vêtements de marque, chaussures hors de prix, fast-foods et restaurants, tous hantés par des visages bien blancs pour un pays si bigarré. Comme la plupart de ces centres commerciaux, l'Oakland Mall abrite non seulement les magasins de plus ou moins grand luxe, mais aussi un cinéma. Et, nouveauté pour le Guatemala, une salle de cinéma VIP.
Pourquoi ne pas tenter l'expérience?
Le guichet VIP est situé en retrait des files d'attente interminables caractéristiques du mercredi, jour de la semaine où les places sont à demi-tarif. Pas de demi-tarif pour les VIP, car les VIP ont les moyens. Nous nous présentons donc P. et moi à  la caisse, plus de 60 quetzales chacun (au lieu des 25 pour la salle normale). Naïvement, je demande à la caissière de me décrire ce qui différencie la salle VIP des autres, à part les fameux  fauteuils en cuir dont un ami nous a parlé. Et bien pas grand chose a priori, si ce n'est que vous pouvez commander boissons et friandises depuis votre siège. Soit. Allons-y. Soyons VIP.
Après avoir déboursé la modique somme de presque 130 quetzales (soit 13 euros environ), nous entrons dans le salon VIP. Quelques magazines et fauteuils confortables, un bar où l'on peut commander non seulement des pop-corns (et du pop-corn caramélisé en plus! pas le pop-corn salé qu'on trouve dans toutes les salles de ciné!), mais aussi des crêpes, des sushis, des cocktails et autres boissons raffinées. Le budget étant serré, ce sera pop-corn.
Les places sont numérotées, et nous héritons, ou plutôt nous choisissons un sofa situé au bord de l'allée latérale. Je dis sofa car les fauteuils vont deux par deux, sous forme de petit canapé en cuir, avec un accoudoir amovible entre les deux sièges. De chaque côté, une petite table, et une lampe qui crée une ambiance feutrée. Nos voisins sont quasi allongés: comment ont-ils fait? N'étant pas très VIP dans l'âme, P. et moi cherchons obstinément le bouton magique, et le serveur, qui nous prend en pitié, nous indique une petite manette qui, comme par magie, façon fauteuils de Joey et Chandler dans Friends, fait apparaître sous nos mollets une rallonge. Nous voici installés, pop-corn à la main, pour les bande-annonces.
Nos voisins sont très VIP: le serveur passe au moins quatre fois devant nous pendant lesdites bande-annonces. Mojito. Crêpes. Sushis. Très distingué pour une séance ciné, non?
Le film commence. Avatar. plus de 2h de pellicule, cela valait bien un fauteuil confortable!
A la sortie, en enfilant maladroitement mon blouson, je fais voler la boîte de pop-corn encore à moitié pleine. Peu importe, me dis-je, en grande connaisseuse des cinémas guatémaltèques où le sol est généralement couvert de pop-corn et autres boissons renversées à la fin de chaque séance. Mais c'est sans compter sur les cinéphiles VIP: je suis bien la seule et unique personne qui ait sali le sol autour de sa place. P. fait comme de si de rien n'était. Nous sortons rapidement. Le populo qui nous habite nous a finalement trahi avec ces pop-corn traîtres!

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14 janvier 2010

Episode 52. Ambiances sonores

4h du matin... Le réveil de mon collocataire de lit sonne. Désagréable. Il re-sonne 15 minutes plus tard. Grognements. Il est temps pour lui de se lever, de chercher à tâtons portefeuille, clés, badge, chaussettes, brosse à dents, poignée de la porte... Départ à 4h30, je peux me rendormir dans le silence paisible de Jocotenango.
Bientôt, sur la place du village, face à l'église, les bus s'arrêtent pour attendre d'éventuels passagers pour Antigua. Les "ayudantes", assistants des chauffeurs, crient à pleins poumons pour attirer le chaland: "Antigua Antiiiigua". Depuis la maison, située pourtant à plus de 50 mètres de là, l'appel au voyage me parvient, distant mais rythmant les premières heures de l'aube... sortir du lit?
Les bruits du quotidien surgissent peu à peu... les voitures passant sur le dos d'âne, les moteurs vrombissants des camionetas, les voix des ayudantes s'affirmant de plus en plus au fil des heures... Rideaux de fer s'ouvrant sur des boutiques de bric à brac, et bientôt les odeurs diffuses des tacos et autres tortillas dorées sur les stands de la place.

Diling diling... diling diling... Poussant un petit chariot isotherme, une clochette à la main, le marchand de glaces déambule dans les rues d'Antigua. Dans des rues parfois désertes, le simple tintement annonce aux habitants le passage du marchand de douceurs, dont la fraîcheur laisse sans doute à désirer.

Au moment de traverser les rues pavées, véritables invitations aux entorses de toutes sortes, le klaxon aigu du touc-touc me fait presser le pas. Le triporteur, minuscule, emmène ses clients vers d'autres horizons, faisant office de taxi, rapide et agile, qui navigue entre les véhicules massifs et maladroits dans les allées étroites de la ville coloniale.

Bientôt un son inconnu: un sifflement, flûte sans mélodie, qui se répète régulièrement. Un regard ou deux, pour trouver le rémouleur, aiguiseur de couteaux, qui pousse lui aussi un chariot avec son matériel, et annonce son passage en soufflant sans entrain dans un vieux pipeau.

Pour rentrer, visite obligée du marché, où l'on offre à tue-tête et au tout-venant oreilles à 10Q, chaussettes par groupes de trois, fruits en promotion ou dvds piratés...

La tête pleine de bruits, retour à Jocotenango, où durant les dernières heures du jour résonnent devant l'église l'animation nocturne des habitants venus déguster tortillas, tacos, pizzas, hot-dogs ou tostadas achetées sur les stands jalonnant la place.

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